Microsimulateur en direct sur le Web

Publicité

Un hors série polémique ? Militaire, pas militariste !

Un hors série polémique ?
Militaire, pas militariste !

La différence entre ces deux termes peut paraître subtile, elle est pourtant lourde de sens. La simulation militaire est bien loin d'être la glorification de la violence qu'y voient certains.
Par Emmanuel Blanchard

Un condensé de simulation aérienne militaire, voici le menu de ce hors série 2008 de Micro Simulateur. Aérienne essentiellement car l'actualité dans le domaine est plutôt morose, entre les sorties de nouveautés sans cesse reculées et les projets avortés. L'aviation demeure le secteur qui survit le mieux, non parce que de nouveaux logiciels viennent renouveler le genre, mais parce que la communauté des pilotes virtuels reste la plus active. Comme vous le verrez plus loin, la simulation militaire semble faire une pause - du moins chez les éditeurs. Certains de nos lecteurs s'en étonnent. Pourtant, du point de vue des concepteurs de logiciels, la raison est simple : réaliser une simulation réaliste impose un travail graphique irréprochable, une modélisation virtuelle complexe, bref un travail titanesque. Or le retour sur investissement risque d'être décevant. Ne nous leurrons pas : quel pourcentage des personnes s'adonnant aux jeux vidéo (au sens très large : arcade, simulation, PC, console de salon...) est réellement prêt à assimiler les 500 pages du manuel de vol (simplifié) d'un F-16, ou se sent d'attaque pour passer systématiquement deux heures derrière son écran pour reproduire une offensive au sol, une mission sous-marine ou un vol de reconnaissance ? Deux, peut-être trois pour cent ? En face, les jeux rapides, qui ne nécessitent pas une intense réflexion ou un long apprentissage, collent plus aux attentes du public. Quant on sait que GTA 4, jeu d'aventure pour console, s'est vendu à cinq millions d'exemplaires dans le monde lors de sa première sortie, on comprend que les éditeurs préfèrent se tourner vers se marché plus lucratif que vers une simulation poussée qui ne séduirait qu'une poignée d'utilisateurs.
Mais il semble qu'il y ait un autre frein au développement de la simulation militaire. Récemment, un de mes proches découvrant le planning de publication de Micro Sim s'étonnait de ce thème abordé par un hors série. Je lui expliquai que ce domaine était très prisé des lecteurs (à défaut d'être prisé par les éditeurs, voir plus haut !). Alors la sentence finale et sévère lui échappa des lèvres « Comme ça, tu glorifies la guerre dans ton canard ? Tu me déçois ». Condamnation sans appel, que certains d'entre vous auront sans doute déjà entendue. Ce qui mérite quelques explications...

Jeux violents ?

Il est de bon ton dans certains milieux de critiquer les jeux vidéo (au sens large, encore une fois) en n'y voyant qu'une débauche de violence qui détournerait notre belle jeunesse d'une vie saine. Première objection : il y a violence et violence. Nous ne pouvons nier que certains jeux fassent preuve d'un goût douteux en promouvant dans certains cas (moins qu'on ne le croit souvent) la violence gratuite. Mais il est de la responsabilité des éditeurs et des acheteurs de faire la part des choses entre le virtuel et le réel (voir l'éditorial de notre précédent hors série). Imputer aux seuls jeux vidéo les dérives d'un monde en crise est un raccourci simpliste que des journalistes, hommes politiques ou personnalités bien pensantes n'hésitent pourtant pas à emprunter.
Observer la guerre sur son PC, cela dépasse le simple stade du jeu. D'abord, comme on l'a vu plus haut, parce que l'investissement personnel est important. On ne prend pas les commandes d'une machine de combat complexe, quel que soit son milieu d'évolution (air, terre, mer) sans avoir lu plusieurs dizaines de pages de manuels. On ne se lance pas dans une mission SEAD (voir page 28) sans savoir comment fonctionne un SAM, comment on peut le combattre... Ou bien si on le fait, la mission ratera forcément, on s'énerve et le simulateur finit dans sa boîte, sur une armoire, avec l'estampille infamante « injouable ». Tout comme la simulation civile qui tend à reproduire au mieux les contextes et les modèles de comportement, les simulations militaires visent le réalisme poussé, ce qui peut déplaire aux adeptes du « je veux jouer vite et bien ».

Apprentissage

Mais il est un autre aspect plus subtil qui fait que les simulateurs militaires ne peuvent être accusés de promouvoir la violence. Cet aspect, c'est leur nature même. Qu'ils soient des réalisations professionnelles (destinées à l'entraînement d'équipages réels) ou juste destinés à une utilisation sur un ordinateur personnel, les logiciels de ce type visent un seul objectif : l'efficacité. Et tout militaire - ou tout cadre d'entreprise - vous le dira, le principe de l'efficacité, c'est de produire un résultat voulu avec le minimum de dépenses et de pertes. La simulation militaire procède bien de cet état d'esprit : il n'y a aucun intérêt à y massacrer des civils, à y anéantir des convois de navires de passagers, à y procéder à des opérations purement gratuites qui mettent en péril ses propres forces. Au contraire, on y apprend à maîtriser au mieux le matériel délicat, on y découvre les tactiques et les équipements en usage dans les forces armées (c'est d'autant plus vrai pour les simulateurs développés par des spécialistes travaillant pour les militaires : Sonalyst et Dangerous Waters, les développeurs d'America's Army ou de Steel Beasts 2...). On y comprend pourquoi on agit de telle ou telle manière, avec une économie de moyens imposée (les munitions coûtent cher, le ravitaillement est aléatoire). Bref on est très loin du concept abêtissant du « je tire - je tue - je marque des points » que certains se plaisent à critiquer. Et nul doute qu'une pratique sérieuse de la simulation par les vrais militaires pourrait limiter ce qu'on appelle pudiquement les dommages collatéraux - traduisible en langage courrant par massacre de civils.
En cela, la simulation militaire revêt un aspect sinon pédagogique, au moins utile pour comprendre que la guerre n'est pas un jeu. C'est un univers cruel, sanglant et redoutable, nullement un terrain d'amusement. Il n'est absolument pas question pour nous de la glorifier ou de l'excuser : uniquement de faire en sorte qu'elle soit mieux comprise... pour être mieux évitée.

Emmanuel Blanchard - Rédacteur en chef

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article